« Ce je ne sais quoi des étés bretons qui est mélancolique, on ne sait comment le dire, c’est un composé où entrent mille choses (…). Ce sont des impressions de tranquillité, d’apaisement, que m’apporte ce pays; c’est aussi une aspiration vers un repos plus complet sous la mousse, au pied des chapelles qui sont dans les bois. »

Pierre Loti, Mon frère Yves

J’ai grandi en Bretagne : aujourd’hui seuls mes souvenirs y vivent encore.Je suis attachée à ce territoire, il est le lieu quotidien de mes rêves, là ou je me sens toujours chez moi.

Il y a quelques années j’ai commencé à photographier la mer en Bretagne pour pouvoir m’y replonger, de temps à autre. Je n’ai le mal de mer que dans son absence. Les clichés sont restés ainsi des années. Un jour cela m’a semblé nécessaire d’inscrire sur la pelliculece territoire si persistant à mon esprit.

J’ai réalisé ce travail en plusieurs temps : des séjours de plusieurs semaines, parfois de quelques jours, avec comme fil conducteur de nejamais quitter la mer des yeux.Je cherche dans cette série à faire coïncider les paysages et mes souvenirs. Certains endroits me hantent et je souhaitais les revoir. Comme cette plage ou un jour je t’ai perdu. Celle ou dans le creux d’un rocher j’ai bâti mon refuge. Le port ou l’on se rejoignait. Et tant d’autres. Quelque chose dans ces paysages me rappellent une émotion et des sentiments particuliers : de joie, de mélancolie, de confusion, de légèreté et d’enthousiasme. Au cours de ces déambulations j’ai découvert beaucoup de lieux, mais ils me procuraient toujours la sensation de déjà vu, de retrouvailles et d’apaisement.

J’ai la sensation d’avoir grandi sur une plage. Tous les jours en été c’était le point de rendez vous. Les rochers, la mer, le sable, les algues sont presque des membres de la famille tant je les ai côtoyé.

Les photographies sont réalisées à l’Holga, un appareil jouet. Réalisée en carré j’ai rapidement décidé de recadrer un peu plus en vertical. Ce cadrage fonctionnait mieux avec ma vison qui est  » l’expression de la posture humaine…les hommes se tiennent debout et observent le monde dans cette verticalité.  » 1.

La double exposition efface le lien fragile de la réalité pour laisser place au souvenir.

Portée par le vent incarne le regard de cette petite fille qui jouait des heures sur la plage devenue aujourd’hui une adulte rêveuse.

1: Aglaé Bory. France(s) Territoire Liquide.

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